Prostitution des mineurs en France : pourquoi les chiffres augmentent-ils ?

Publié : 13 avril 2026 à 9h56 par Alicia Méchin

Crédit image: Pixabay - Générée par IA

Selon l’Observatoire national des violences faites aux femmes, la prostitution des mineurs en France affiche une hausse visible ces dernières années.

En 2025, plus de 700 victimes mineures ont été recensées par les forces de l’ordre, ce qui représente une augmentation d’environ 43 % sur quatre ans. Ce chiffre, souvent mis en avant, suscite de nombreuses interrogations et inquiétudes.

Face à cette progression, la première lecture possible renvoie à une réalité sociale préoccupante. Plusieurs facteurs sont régulièrement identifiés par les spécialistes : l’essor des réseaux sociaux et des messageries chiffrées, qui facilitent le recrutement et l’exploitation de jeunes vulnérables ; l’influence de réseaux organisés ou d’adultes manipulateurs ; mais aussi des situations de précarité familiale, d’isolement ou de rupture scolaire. Ces éléments contribuent à accroître l’exposition de certains mineurs à des situations d’exploitation sexuelle. Cette dimension est bien réelle et documentée par les acteurs de terrain.

Cependant, une autre explication doit être prise en compte pour comprendre l’évolution des chiffres : l’effet de détection et de qualification juridique. En France, le droit considère automatiquement qu’un mineur impliqué dans un système prostitutionnel est une victime, indépendamment de son ressenti ou de sa perception de la situation. Cette protection est inscrite dans le Code pénal et vise à reconnaître la vulnérabilité intrinsèque des mineurs face à l’exploitation.

Concrètement, cela signifie que chaque situation identifiée par les autorités est systématiquement enregistrée comme une situation de victimisation. Ainsi, plus les dispositifs de repérage sont efficaces et plus les enquêtes sont approfondies, plus le nombre de victimes recensées augmente mécaniquement. Ce phénomène s’est accentué ces dernières années avec le renforcement des politiques publiques de prévention, de formation des professionnels et de signalement, notamment depuis 2021.

Il est donc essentiel de distinguer deux dynamiques : d’une part, une réalité d’exploitation qui nécessite une vigilance constante ; d’autre part, une amélioration des mécanismes de repérage et une qualification juridique plus systématique des situations. Ensemble, ces éléments contribuent à expliquer l’augmentation des chiffres observés sans qu’ils traduisent nécessairement, à eux seuls, une hausse proportionnelle des cas sur le terrain.

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