Cadmium : baisser les seuils pour transformer toute la chaîne alimentaire ?

Publié : 9h49 par Alicia Méchin

Crédit image: Pixabay

Alors qu’il était quasiment inconnu du grand public il y a encore peu de temps, le cadmium s’impose désormais dans le débat sanitaire et agricole.

Ce métal lourd, naturellement présent dans les sols, peut voir sa concentration augmenter sous l’effet de certains engrais phosphatés utilisés en agriculture intensive. Le problème est loin d’être anecdotique : une exposition prolongée au cadmium est associée à des effets toxiques sur la santé humaine, notamment sur les reins et le système osseux.

Face à cet enjeu, les autorités européennes ont déjà commencé à encadrer sa présence. En 2022, l’Union européenne a fixé une limite maximale de 60 mg de cadmium par kilogramme de phosphate dans les engrais. Toutefois, certains pays européens ont choisi d’aller plus loin : la Finlande ou encore le Danemark appliquent déjà des seuils plus stricts, compris entre 20 et 40 mg/kg. Dans cette continuité, le ministère de l’Agriculture envisage désormais de fixer une nouvelle norme plus ambitieuse, avec un plafond de 40 mg/kg d’ici 2030.

Mais cette baisse des seuils soulève une question essentielle : comment s’applique-t-elle concrètement et sera-t-elle réellement efficace ? En réalité, abaisser un seuil ne fait pas disparaître le cadmium. Cela oblige plutôt l’ensemble de la chaîne alimentaire à réduire progressivement la présence de ce contaminant dans les produits agricoles et alimentaires.

Pour mettre en œuvre cette régulation, trois leviers principaux sont mobilisés. D’abord, les contrôles officiels : les États effectuent des prélèvements à différents stades de la chaîne alimentaire. Si les teneurs dépassent les limites autorisées au-delà des marges d’incertitude, les produits sont déclarés non conformes.

Ensuite, la responsabilité des opérateurs économiques est engagée : producteurs, importateurs et distributeurs doivent anticiper ces exigences en sélectionnant des matières premières moins contaminées. Enfin, en cas de dépassement, des mesures de retrait du marché peuvent être prises, accompagnées d’alertes au niveau européen.

Ainsi, la réduction des seuils ne constitue pas seulement une mesure technique. Elle impose une transformation progressive mais profonde des pratiques agricoles et industrielles, poussant l’ensemble du secteur à repenser ses méthodes de production afin de limiter durablement l’exposition au cadmium.

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