Cyberattaque au ministère de l’Intérieur : le paradoxe d’un État vulnérable

Publié : 8 janvier 2026 à 9h20 par Alicia Méchin

Crédit image: Pixabay

En décembre dernier, le ministère de l’Intérieur a été la cible d’une cyberattaque d’ampleur.

Un groupe de hackers a affirmé avoir accédé aux fichiers de police concernant 16,4 millions de Français. Si ce chiffre n’a pas été officiellement confirmé dans son intégralité, le gouvernement a reconnu que des fichiers « importants » avaient pu être consultés par les pirates. L’affaire a immédiatement suscité une vive inquiétude, tant par la sensibilité des données concernées que par l’institution touchée.

L'État n’est-il pas censé être le mieux armé pour s’en protéger ? 

C’est précisément là que réside le paradoxe mis en lumière par cette affaire. Depuis plusieurs années, l’État français impose aux entreprises privées des exigences de cybersécurité extrêmement strictes. Les grandes entreprises, les hôpitaux privés, les opérateurs d’énergie ou encore les acteurs des télécommunications sont soumis à des obligations précises. Ils doivent démontrer qu’ils segmentent efficacement leurs réseaux informatiques, qu’ils limitent les accès aux données sensibles et qu’ils sont capables de détecter une intrusion en quelques heures seulement.

En cas de manquement, les sanctions peuvent être sévères : amendes lourdes, mises en demeure, voire interdictions temporaires ou définitives d’exercer certaines activités. Ces règles, détaillées et exigeantes, sont bien connues de l’administration, puisqu’elles sont rédigées par l’État lui-même et appliquées sous son contrôle.

Mais la réalité est plus complexe lorsqu’il s’agit des systèmes publics. Les infrastructures informatiques de l’État sont souvent anciennes, construites par strates successives au fil des réformes administratives. Les systèmes se sont empilés, interconnectés entre ministères, parfois sans refonte globale de l’architecture. Cette complexité technique rend l’application des règles de cybersécurité beaucoup plus difficile que dans des structures privées conçues plus récemment ou rationalisées autour d’un système unique.

À cela s’ajoutent des contraintes spécifiques : continuité du service public, budgets limités, dépendance à des logiciels historiques, et multiplicité des utilisateurs aux niveaux de sécurité très variables. Autant de facteurs qui augmentent mécaniquement la surface d’attaque.

La conclusion de cette cyberattaque est dérangeante mais lucide. L’État protège juridiquement les données personnelles des citoyens, tout en les hébergeant dans des systèmes qu’il est, par construction, extrêmement difficile de sécuriser totalement. L’affaire du ministère de l’Intérieur rappelle que la cybersécurité n’est pas seulement une question de règles ou de sanctions, mais aussi d’architecture, de temps et de moyens. Elle souligne enfin que l’État n’est pas au-dessus des vulnérabilités numériques, mais qu’il en est, lui aussi, pleinement exposé.

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