Grippe : si l’hôpital déborde, ce n’est pas par manque d’anticipation

Publié : 7 janvier 2026 à 9h26 par Alicia Méchin

Crédit image: Pixabay

Depuis la fin de l’année 2025, l’épidémie de grippe frappe l’Hexagone avec une intensité notable.

Les services hospitaliers sont de nouveau sous tension, tandis que l’Institut Pasteur n’exclut pas une possible reprise de l’épidémie dans les semaines à venir. Face à cette situation, le gouvernement multiplie les recommandations : port du masque dans les lieux clos, vaccination des personnes à risque, gestes barrières. 

Tous les ans, l'épidémie de grippe sévit en France. Pourquoi rien n’est anticipé dans les hôpitaux pour faire face à ce problème finalement récurrent ?

L’épidémie de grippe n’a, en effet, rien d’une surprise. Chaque année, elle revient avec une régularité presque mécanique, portée par les mêmes dynamiques saisonnières. À première vue, il pourrait donc sembler logique que le système hospitalier s’y prépare en amont, en prévoyant des lits supplémentaires, des équipes renforcées ou des capacités temporaires mobilisables rapidement. Mais cette lecture se heurte à une réalité structurelle beaucoup moins visible.

Ce que l’on dit rarement, c’est que l’hôpital français n’est tout simplement pas conçu pour absorber des pics d’activité. Il est organisé pour fonctionner en permanence à plein régime. Dans cette logique, un lit vide est perçu comme une anomalie budgétaire, un service sous-utilisé comme une inefficacité, et toute marge de capacité comme un gaspillage de ressources. La rationalisation progressive de l’hôpital, fondée sur des critères de performance et d’optimisation des coûts, a conduit à une organisation extrêmement tendue.

Les conséquences sont bien connues des professionnels de santé. Les lits sont occupés en continu, sans respiration possible. Les équipes médicales et paramédicales sont dimensionnées au plus juste, souvent en flux tendu, avec peu de remplaçants et une charge de travail déjà élevée en temps normal. Il n’existe plus de réserve structurelle permettant d’absorber des afflux soudains de patients, qu’ils soient liés à une épidémie, à une canicule ou à un accident collectif.

Dans ces conditions, une épidémie pourtant attendue devient un problème majeur. Non pas parce qu’elle serait exceptionnelle ou d’une gravité inédite, mais parce que le système hospitalier n’a aucune marge de manœuvre. La grippe n’a pas besoin d’être particulièrement virulente pour provoquer des tensions : il lui suffit d’arriver en masse, sur une période courte, et de concerner simultanément un grand nombre de patients.

La situation actuelle agit ainsi comme un révélateur brutal des fragilités structurelles de l’hôpital. Elle met en lumière un paradoxe inquiétant : un système déjà saturé avant même l’arrivée de la crise. Dès lors, la conclusion s’impose. Ce n’est pas la grippe qui « sature » l’hôpital. C’est l’hôpital qui fonctionne en saturation permanente, et pour lequel la moindre perturbation devient une crise.

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