Porte-avions de nouvelle génération : une décision contrainte plus qu’un choix politique

Publié : 7 janvier 2026 à 9h27 par Alicia Méchin

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Juste avant Noël, Emmanuel Macron a officiellement donné le coup d’envoi du chantier du futur porte-avions français.

Une annonce solennelle, assortie d’une formule forte : ce bâtiment militaire sera « l’illustration de la puissance de notre nation ». L’expression a immédiatement suscité interrogations et critiques, notamment autour du coût d’un tel équipement dans un contexte de tensions budgétaires et de préoccupations sociales persistantes.

Pourquoi engager une dépense aussi lourde aujourd’hui ?

Pourquoi engager aujourd’hui une dépense aussi lourde, alors que les finances publiques sont sous pression et que les arbitrages budgétaires font l’objet de débats constants ? La question est légitime, mais la réponse mérite d’être replacée dans un cadre souvent absent du débat public : celui du calendrier légal et industriel déjà fixé par la loi.

Contrairement à l’idée d’une décision soudaine ou opportuniste, le lancement du chantier du futur porte-avions ne correspond pas à l’ouverture d’un « nouveau robinet de dépense ». Il s’agit, en réalité, de l’exécution d’une trajectoire budgétaire votée de longue date par le Parlement. Le programme est inscrit noir sur blanc dans la loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030, adoptée puis promulguée en août 2023. Cette loi engage l’État sur plusieurs années et structure l’ensemble des investissements majeurs de la défense française.

La LPM prévoit explicitement la fin de vie du Charles-de-Gaulle à l’horizon 2038. Or, dans le domaine naval militaire, le temps long est une contrainte incontournable. Concevoir, construire et qualifier un porte-avions nécessite entre douze et quinze ans. À cela s’ajoutent des exigences industrielles lourdes, impliquant des chantiers navals, des équipementiers, la filière nucléaire et des compétences rares qu’il faut maintenir dans la durée.

Dès lors, le calendrier est sans ambiguïté : pour éviter toute rupture capacitaire — c’est-à-dire une période où la France se retrouverait sans porte-avions opérationnel — les premières opérations industrielles doivent impérativement débuter au plus tard entre 2026 et 2027. En remontant le fil, les années 2024 et 2025 apparaissent comme le dernier créneau compatible à la fois avec la loi votée et avec les réalités industrielles.

Autrement dit, cette dépense a été repoussée aussi loin que possible. Elle n’est pas le fruit d’un choix politique improvisé, mais l’activation d’un engagement déjà acté par le législateur. Ne pas lancer le chantier aujourd’hui aurait signifié sortir du cadre de la loi de programmation militaire, ou accepter un affaiblissement durable des capacités navales françaises.

Emmanuel Macron ne « lance » pas véritablement le chantier du futur porte-avions. Il arrive simplement au point où la loi, qu’il a promulguée et que le Parlement a votée, ne lui permet plus de l’éviter.

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