Rachida Dati - GDF Suez : les obligations déclaratives des députés européens

Publié : 6 janvier 2026 à 10h03 par Alicia Méchin

Crédit image: Pixabay

Fin 2025, le Parquet national financier ouvrait une enquête visant Rachida Dati. Au cœur de l’affaire, des honoraires d’un montant de 299 000 euros qu’elle aurait perçus de GDF Suez entre 2010 et 2011, alors qu’elle exerçait un mandat de députée européenne.

La ministre de la Culture est soupçonnée de corruption active et passive, de trafic d’influence et de détournement de fonds publics. 

Quelles sont les obligations des députés européens à ce sujet ?

 

Il est essentiel de rappeler que les obligations applicables il y a quinze ans n’étaient pas celles que l’on connaît aujourd’hui. L’analyse judiciaire porte sur des faits anciens et doit impérativement se faire au regard du droit en vigueur au moment où ces faits auraient été commis, et non selon les standards actuels, beaucoup plus stricts. Ce décalage explique en grande partie la complexité et la sensibilité du dossier.

À l’époque, le cadre déclaratif des députés européens était nettement plus flou. Les revenus extérieurs pouvaient être déclarés par simples fourchettes, sans obligation systématique d’indiquer précisément leur origine. Il n’était pas exigé de nommer clairement le client ou l’entité versante, ni de détailler le circuit financier par lequel les sommes transitaient. Les règles relatives aux conflits d’intérêts existaient, mais elles étaient moins encadrées, moins harmonisées et surtout moins contrôlées. Les mécanismes de vérification étaient limités et les sanctions, en pratique, rares.

Dans ce contexte, ce qui est aujourd’hui perçu comme une dissimulation ou une opacité manifeste ne revêtait pas nécessairement la même qualification juridique hier. Un revenu pouvait être formellement déclaré tout en restant imprécis dans sa description, sans que cela constitue automatiquement une infraction ou une violation caractérisée des règles parlementaires.

Le cadre a depuis profondément changé. Désormais, les députés européens sont soumis à des obligations beaucoup plus rigoureuses : déclaration de la nature exacte des activités annexes, identification précise des entités concernées, transparence accrue sur les intérêts financiers et renforcement des règles en matière de conflits d’intérêts. S’y ajoutent des dispositifs de contrôle plus efficaces et la possibilité de sanctions réelles en cas de manquement.

C’est précisément ce contraste entre deux époques qui rend l’affaire Rachida Dati juridiquement délicate et politiquement explosive. La justice doit déterminer si, au regard des règles applicables au début des années 2010, les faits reprochés constituent ou non des infractions pénales. Elle ne juge pas un système actuel, mais un cadre ancien, imparfait et moins exigeant.

En conclusion, l’enquête du Parquet national financier examine aujourd’hui des faits survenus sous un régime déclaratif différent, plus permissif et moins transparent. Comprendre cette évolution du droit est indispensable pour analyser l’affaire avec rigueur, sans confusion entre appréciation morale contemporaine et qualification juridique des faits passés.

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