Collèges en difficulté : un plan d’urgence face aux limites de la carte scolaire

Publié : 11h32 par Alicia Méchin

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Le gouvernement veut venir en aide aux collèges les plus fragiles.

Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a annoncé le lancement prochain d’un vaste plan destiné aux 800 établissements identifiés comme étant en grande difficulté scolaire. Les chiffres avancés sont préoccupants : dans 15 % des collèges, plus de 40 % des élèves obtiennent moins de 8 sur 20 en français et en mathématiques au brevet. Un signal d’alarme qui justifie, selon le ministère, une intervention ciblée.

Concrètement, chaque établissement concerné fera l’objet d’un accompagnement approfondi pendant six mois. Des équipes composées d’inspecteurs, d’infirmiers et de médecins seront mobilisées pour dresser un diagnostic complet : climat scolaire, niveau des élèves, organisation pédagogique, contexte social et sanitaire. L’objectif est d’établir un portrait précis de chaque collège afin de proposer des solutions adaptées, au cas par cas.

Mais cette initiative soulève une question de fond : la carte scolaire n’est-elle pas justement conçue pour éviter de telles concentrations de difficultés ? En théorie, ce dispositif vise à répartir les élèves de manière équilibrée entre les établissements, afin de garantir une certaine mixité sociale et scolaire. Pourtant, la réalité est plus nuancée.

La loi prévoit en effet plusieurs possibilités de dérogation. Les familles peuvent demander à inscrire leur enfant dans un autre établissement pour des motifs précis : présence d’un frère ou d’une sœur, suivi d’une option rare (latin, section sportive, classe à horaires aménagés musique), ou encore raisons médicales. Certains collèges disposent ainsi d’options attractives qui attirent un public plus large, quand d’autres n’en proposent pas.

Ces dérogations, bien que parfaitement légales, sont largement utilisées. Selon la Direction générale de l’enseignement scolaire (DGESCO), environ 10 % des élèves entrant en sixième ou en seconde demandent chaque année une dérogation à la carte scolaire, un chiffre qui peut atteindre 20 % dans certains secteurs prioritaires. Même lorsque le niveau global des élèves reste comparable, les ressources, équipements et opportunités diffèrent d’un établissement à l’autre.

Au final, ces dérogations, autorisées par la loi, contribuent à une concentration statistique d’élèves en difficulté dans certains collèges. Le plan gouvernemental apparaît alors comme une réponse corrective à un déséquilibre que le cadre légal lui-même participe, en partie, à produire.

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