Des chercheurs redémarrent un cerveau de souris congelé

Publié : 6h00 par Alicia Méchin

Crédit image: Pixabay

Des chercheurs de l’université Friedrich-Alexander d’Erlangen-Nuremberg (FAU), en Allemagne, ont franchi une étape scientifique étonnante dans le domaine de la cryoconservation.

Publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, leur étude montre que des neurones peuvent retrouver une activité électrique après avoir été exposés à des températures extrêmes. Ils ont réussi à congeler puis réactiver l’activité de tissus cérébraux de souris.

L’expérience s’inscrit dans les recherches sur la cryonie, une technique visant à conserver des tissus biologiques à très basse température dans l’espoir de les restaurer plus tard. Jusqu’ici, le principal obstacle était la formation de cristaux de glace lors de la congélation, capables de détruire les structures cellulaires, en particulier dans le cerveau, un organe extrêmement complexe et fragile.

Pour contourner ce problème, les scientifiques ont utilisé la vitrification. Cette méthode consiste à transformer l’eau contenue dans les cellules en un état vitreux, semblable à du verre, grâce à un refroidissement très rapide à -196 °C dans de l’azote liquide. Ce procédé évite la formation de cristaux destructeurs et préserve mieux l’architecture du tissu nerveux.

Après décongélation, les chercheurs ont observé que les neurones reprenaient leur activité électrique. Mieux encore, certaines fonctions essentielles de la plasticité cérébrale, comme la potentialisation à long terme liée à l’apprentissage et à la mémoire, semblaient également réactivées. Les réseaux neuronaux étaient capables de transmettre des signaux de manière cohérente, signe d’une fonctionnalité partiellement restaurée.

Cependant, les chercheurs insistent sur les limites de cette avancée. L’expérience a été réalisée sur de fines tranches de cerveau, et non sur un cerveau entier. La viabilité reste temporaire et la reproduction des résultats n’est pas encore totalement stable. Surtout, rien n’indique que des fonctions complexes comme la mémoire ou la conscience puissent être préservées.

Malgré ces limites, cette découverte ouvre des perspectives importantes. Elle pourrait améliorer la conservation d’organes destinés aux greffes, en permettant de les stocker plus longtemps et de constituer des banques d’organes. À plus long terme, elle pourrait aussi aider la recherche sur les maladies neurologiques en facilitant l’étude de tissus cérébraux vivants sur de longues périodes. 

Cette avancée marque donc une étape majeure, mais encore très éloignée des scénarios de “résurrection” souvent associés à la cryonie.