Expulsions locatives : pourquoi les chiffres explosent en France

Publié : 11h35 par Alicia Méchin

Crédit image: Pixabay

Les expulsions locatives atteignent aujourd’hui des niveaux records en France, et cette hausse ne s’explique pas uniquement par une aggravation de la précarité.

Derrière ces chiffres se cache une transformation profonde des règles juridiques encadrant les relations entre locataires et propriétaires. En 2025, plus de 30 000 ménages ont été expulsés de leur logement, un chiffre en augmentation de 27 % en un an. Cette progression s’inscrit dans une tendance continue : une hausse de 29 % avait déjà été observée entre 2023 et 2024. Au total, le nombre d’expulsions a plus que doublé par rapport à 2016, illustrant une accélération préoccupante du phénomène.

À première vue, on pourrait penser que cette situation est due à une augmentation des impayés de loyers. Pourtant, la réalité est plus nuancée. Si les difficultés économiques jouent un rôle, elles ne suffisent pas à expliquer une telle envolée. Le véritable tournant réside dans l’évolution du cadre légal.

Depuis la loi du 6 juillet 1989, qui encadre les rapports locatifs, et surtout depuis son durcissement avec la loi dite « anti-squat » de 2023, les procédures d’expulsion ont été considérablement simplifiées et accélérées. Désormais, la grande majorité des contrats de location inclut une clause résolutoire. Celle-ci prévoit que le bail est automatiquement résilié en cas d’impayé, sans nécessité de longues démarches judiciaires.

Concrètement, cela signifie que le propriétaire n’a plus besoin de convaincre un juge pour mettre fin au bail : la résiliation est souvent quasi automatique. De plus, un titre exécutoire peut être demandé dès le premier incident de paiement, réduisant fortement les possibilités de négociation ou de régularisation pour le locataire.

Autre évolution majeure : la rapidité des procédures. Chaque impayé peut désormais déclencher une expulsion beaucoup plus rapide, et ce tout au long de l’année, indépendamment de la trêve hivernale qui ne suspend que l’exécution des expulsions, mais pas les décisions judiciaires.

Au final, l’augmentation des expulsions ne traduit pas seulement une montée de la pauvreté. Elle révèle surtout un changement de logique : aujourd’hui, chaque impayé devient potentiellement le point de départ d’une procédure d’expulsion.

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