Livret A : quand l’épargne des Français se détourne du logement social

Publié : 28 janvier 2026 à 9h52 par Alicia Méchin

Crédit image: Pixabay

Pour la première fois depuis 2015, les Français ont retiré davantage d’argent qu’ils n’en ont déposé sur leur Livret A.

Un signal fort pour ce produit d’épargne longtemps considéré comme un refuge sûr, populaire et utile. Cette évolution marque un tournant, largement lié à la baisse de son taux de rémunération.

Fixé à 1,5 %, contre 1,7 % auparavant, le rendement du Livret A a perdu de son attractivité dans un contexte où les alternatives se multiplient. Assurance-vie, fonds en euros ou autres placements mieux rémunérés attirent désormais une partie des épargnants, soucieux de préserver — voire d’améliorer — le rendement de leur épargne. À première vue, ce mouvement semble purement rationnel et individuel.

Retirer son argent du Livret A, ça change quoi… à part pour notre portefeuille ? 

Retirer son argent du Livret A n’est pas un acte neutre. Contrairement à d’autres produits d’épargne, les fonds déposés sur ce livret ne dorment pas sur un compte. Ils sont en grande partie centralisés par la Caisse des dépôts et consignations, puis réinjectés dans l’économie réelle, avec une mission bien précise : le financement du logement social.

Autrement dit, le Livret A constitue un circuit de financement public unique. Les dépôts servent directement à la construction et à la rénovation de logements sociaux, à des conditions avantageuses pour les bailleurs. Ni l’assurance-vie, ni les marchés financiers, ni les placements boursiers ne remplissent ce rôle de manière comparable.

Ainsi, lorsque les épargnants retirent leur argent du Livret A pour le placer ailleurs, ils ne se contentent pas de modifier la répartition de leur patrimoine. Ils sortent leurs fonds d’un mécanisme légalement dédié à une politique publique essentielle. Ce désengagement est le plus souvent involontaire : peu de Français savent précisément à quoi sert l’argent qu’ils placent sur ce livret.

L’impact n’est pas immédiat, mais il est bien réel. Une collecte nette négative réduit la capacité de financement du logement social à moyen terme, dans un contexte où la demande reste forte et les besoins criants. Le geste individuel, répété à grande échelle, produit alors un effet collectif.

En choisissant de retirer son argent du Livret A, l’épargnant agit pour son propre intérêt financier. Mais sans toujours le savoir, il se retire aussi d’un levier clé du financement public. Un arbitrage discret, mais lourd de conséquences pour le modèle français de solidarité.

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