Manuels scolaires rappelés par Hachette : comment une telle formulation a-t-elle pu passer les contrôles ?

Publié : 9h53 par Alicia Méchin

Crédit image: Pixabay

Hachette Livre a récemment annoncé le rappel de trois manuels de révision du baccalauréat après la découverte d’une formulation particulièrement sensible.

Dans le contexte de l’attaque du 7 octobre, les victimes y étaient qualifiées de « colons juifs », une expression jugée inacceptable par de nombreuses organisations, dont la Licra, à l’origine du signalement. L’affaire a pris une dimension politique lorsque le président Emmanuel Macron a lui-même qualifié cette phrase d’« intolérable ». Face à la controverse, la maison d’édition a reconnu une erreur et a déclaré avoir « présenté ses excuses quant à ce contenu erroné », tout en procédant au retrait immédiat des ouvrages concernés.

Les manuels ne sont-ils pas vérifiés avant publication ?

Pour beaucoup, cette affaire soulève une interrogation évidente : comment une telle formulation a-t-elle pu être publiée dans un manuel parascolaire destiné à des lycéens ? Les manuels scolaires ne sont-ils pas censés faire l’objet d’un contrôle strict avant leur mise en circulation ? La réponse est plus nuancée qu’il n’y paraît. Oui, les manuels sont encadrés par la loi… mais non, ils ne font pas l’objet d’une vérification mot à mot par une autorité publique.

L’article L131-1 du Code de l’éducation impose que les manuels utilisés en classe soient conformes aux programmes officiels définis par l’Éducation nationale. Cette obligation vise à garantir la cohérence pédagogique, le respect des connaissances exigées et des objectifs éducatifs.

En revanche, le texte ne prévoit aucun mécanisme précis de contrôle préalable systématique de chaque contenu. Il n’existe ni validation étatique ligne par ligne, ni visa officiel avant publication. En clair, aucune autorité ne relit chaque phrase avant impression.

Dans les faits, la responsabilité repose principalement sur les éditeurs. Ceux-ci soumettent leurs manuscrits à des commissions de lecture, composées d’enseignants, de pédagogues et parfois d’experts disciplinaires. Ces comités évaluent la conformité aux programmes, la clarté pédagogique et tentent de détecter les erreurs factuelles.

Mais ce travail, aussi sérieux soit-il, a ses limites. Les relecteurs ne peuvent pas toujours anticiper toutes les connotations politiques, historiques ou émotionnelles de certaines formulations, surtout lorsqu’elles touchent à des sujets géopolitiques extrêmement sensibles. Le contrôle est global, mais pas exhaustif.

Cette affaire rappelle une réalité souvent méconnue : le système repose largement sur la responsabilité éditoriale et sur la vigilance des lecteurs — enseignants, élèves, parents, associations. Ce sont souvent des signalements extérieurs qui permettent de repérer des formulations problématiques après publication.

Oui, les manuels scolaires sont vérifiés avant publication. Mais leur contrôle reste partiel, fondé sur des relectures humaines et non sur un filtre institutionnel absolu. Derrière chaque page, ce sont la rigueur de l’éditeur et l’attention du public qui constituent le véritable garde-fou. 

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