Covid : passer l'hiver sans confinement... réaliste ou utopique ?

VIBRATION
Un nouveau confinement (ici au Trocadéro à Paris en avril dernier) est-il vraiment évitable ?
Crédit: Rédaction / Iris Mazzacurati

10 février 2021 à 15h34 par Iris Mazzacurati

La France peut-elle passer l'hiver sans confinement ? Les indicateurs de l'épidémie de Covid-19 sont stables, voire en légère baisse, mais la propagation des variants du coronavirus fait toujours planer la menace d'une forte dégradation de la situation, avertissent des médecins et des épidémiologistes.

Alors qu'un nouveau conseil de défense sanitaire est prévu mercredi 10 février autour du chef de l'Etat, les chiffres semblent confirmer jour après jour que la circulation du coronavirus n'explose pas.

Ainsi, 135 190 personnes ont été testées positives la semaine dernière de lundi à samedi, contre 140 445 la semaine précédente, qui était déjà stable. Mardi, près de 19 000 nouveaux cas ont été comptabilisés sur les 24 dernières heures par Santé publique France, et le taux de positivité (le pourcentage de cas détectés de Covid sur la totalité des tests) s'affichait à 6,3%, en baisse continue depuis le 28 janvier (7,1%).

Mais la propagation des variants du coronavirus, notamment celui qui a d'abord été détecté au Royaume-Uni, plus contagieux, font toujours peser une menace.

Le virologue Bruno Lina, membre du conseil scientifique chargé d'éclairer le gouvernement, a confirmé mercredi sur France Inter que le variant anglais se situait aux alentours de 30 à 35% des cas en Ile-de-France.

Le confinement, une "bombe nucléaire"

"Pour l'instant, on a l'impression d'un certain freinage de ce virus, même s'il deviendra majoritaire", "quelque part entre le 1er et le 15 mars", a relevé le scientifique, chargé de suivre l'évolution de ces nouvelles formes.

Selon cette hypothèse, ce variant progresserait moins vite en France qu'au Portugal ou au Royaume-Uni, parce que des restrictions sanitaires, comme la fermeture des bars, restaurants et lieux culturels, puis le couvre-feu à 18H00, étaient déjà en cours pour ralentir sa progression. Le gouvernement compte aussi sur les vacances scolaires, qui ont démarré lundi sur une partie de la France et vont se dérouler jusqu'au 8 mars, pour que l'épidémie reste maîtrisée.

"Tout l'enjeu est de voir si l'équilibre, même fragile, peut être maintenu" malgré une plus forte contagiosité du variant anglais, a ajouté Bruno Lina, comparant le confinement à une "bombe nucléaire", "une arme extrêmement efficace mais avec des conséquences terribles".

Après avoir renoncé in extremis à y recourir fin janvier, le gouvernement s'accroche à sa promesse de tout faire pour éviter un troisième confinement. "Il est évidemment possible et souhaitable qu'on ne soit jamais reconfinés", a lancé mardi 9 février, le ministre de la Santé, Olivier Véran.

"Une courbe exponentielle"

Une gageure selon des médecins et épidémiologistes. "Sur le strict point de vue sanitaire, on ne voit pas comment échapper à un confinement", a relevé sur BFM TV Gilles Pialoux, chef de service des maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital Tenon à Paris, en relevant que "nous n'avons pas de réserves" dans les hôpitaux. "On peut avoir un confinement qui est limité territorialement (...) on peut imaginer un confinement le week-end", a-t-il ajouté.

La situation reste tendue dans les hôpitaux, qui accueillaient mercredi quelque 27 600 patients avec un diagnostic de Covid-19, pas loin des pics de la première et de la seconde vagues épidémiques (33 000 à l'automne, 32 000 au printemps) et qui met les équipes soignantes à flux tendu. Plus de 3 300 malades se trouvaient en réanimation mardi, moins que les plus hauts de la première et de la deuxième vagues (7 000 et 4 900).

Aux Hospices civils de Lyon, si les cas de Covid-19 représentent 43,5% des patients en réanimation, le taux d'occupation des réas toutes pathologies confondues s'élève à 93,3%, sur 180 lits, selon des chiffres de mardi.

"Nous sommes actuellement sur un palier très haut, le nombre de décès et de nouvelles hospitalisations est encore très élevé", souligne l'épidémiologiste Dominique Costagliola dans un entretien à L'Obs, alors que la barre des 80 000 morts a été dépassée mardi et que le rythme des décès quotidien reste élevé (439 mardi à l'hôpital).

"On est au début d'une courbe exponentielle. Les modèles prédisent une explosion pendant la première quinzaine de mars. Si l'on a vraiment un variant britannique dominant qui est 50% plus transmissible, on va avoir des nombres de cas et d'hospitalisations qui seront bien au-dessus de ceux de l'année dernière lorsqu'on est monté à 7 000 patients en réanimation", ajoute-t-elle, parlant de "prévisions (...) assez apocalyptiques" et regrettant que le gouvernement n'agisse pas plus fort, "tout ça par volonté de montrer que ce ne sont pas les scientifiques qui décident".

Pour cette chercheuse de l'Inserm, "on peut seulement retarder l'échéance. En espérant qu'un grand nombre de personnes soient vaccinées d'ici-là".

Selon les derniers chiffres de Santé publique France, arrêtés à lundi, 1 922 706 personnes avaient reçu une première dose de vaccin, dont 294 120 vaccinés avec les deux doses.



(Avec AFP)

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