Pourquoi l’Europe peine à répondre aux menaces commerciales de Trump

Publié : 11h37 par Alicia Méchin

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Le week-end dernier, Donald Trump a de nouveau brandi l’arme commerciale. L’ancien président américain a annoncé des surtaxes douanières visant la France et sept autres pays, accusés de s’opposer à l’annexion du Groenland.

Une nouvelle escalade qui s’inscrit dans une stratégie déjà bien connue : utiliser les droits de douane comme outil de pression politique. Face à ces menaces, Emmanuel Macron a déclaré vouloir demander, au nom de la France, le recours à l’instrument anti-coercition européen. Ce dispositif, entré en vigueur récemment, permet à un État membre de l’Union européenne de répondre légalement à des pressions économiques jugées illégitimes. Concrètement, il autorise l’UE à imposer des contre-mesures — notamment des droits de douane équivalents — lorsqu’un pays tiers tente d’influencer ses décisions par la contrainte commerciale.

Si cette « arme » existe, pourquoi n’a-t-elle jamais empêché Donald Trump de frapper le premier ?

Le problème n’est pas l’absence d’outil, mais un profond décalage de temporalité. Lorsque Donald Trump annonce une surtaxe douanière, il s’appuie sur le Trade Expansion Act de 1962. Ce texte lui permet d’imposer immédiatement des droits de douane au nom de la « sécurité nationale ». La décision est exécutive, unilatérale et quasi instantanée. En quelques heures, la mesure est appliquée, sans négociation préalable ni contrôle extérieur.

À l’inverse, l’instrument anti-coercition européen a été conçu comme un mécanisme de gestion et de stabilisation, non comme une riposte éclair. Le règlement impose plusieurs étapes : d’abord qualifier juridiquement la situation de coercition, puis mener une phase d’analyse approfondie. La priorité est donnée à la négociation et au dialogue diplomatique. Ce n’est qu’en dernier recours que des contre-mesures graduées peuvent être adoptées.

Résultat : l’Europe réagit toujours après coup. Non parce que l’instrument anti-coercition serait inutile, mais parce qu’il est structurellement désarmé face à une stratégie du fait accompli. Là où Washington agit vite et seul, Bruxelles consulte, analyse et temporise.

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