Soumission chimique : quand l’absence de trace devient une preuve

Publié : 26 janvier 2026 à 10h16 par Alicia Méchin

Crédit image: Pixabay

Depuis le 1er janvier, l'Assurance-maladie rembourse des analyses médicales permettant de détecter des cas de soumission chimique.

Le procès de l’ancien sénateur Joël Guerriau s’ouvre ce lundi. Il est soupçonné d’avoir drogué la députée Sandrine Josso en 2023 dans le but de l’agresser sexuellement. Cette affaire très médiatisée intervient dans un contexte particulier : celui d’une évolution majeure de la prise en charge de la soumission chimique, tant sur le plan médical que judiciaire.

Depuis le 1er janvier, l’Assurance maladie rembourse en effet des analyses médicales destinées à détecter une éventuelle soumission chimique. Cette mesure s’inscrit dans une phase d’expérimentation menée dans trois régions — l’Île-de-France, les Hauts-de-France et les Pays de la Loire. L’objectif affiché est clair : faciliter l’accès à la preuve et encourager le dépôt de plainte, dans un domaine où les obstacles restent nombreux pour les victimes.

À quoi vont servir concrètement ces analyses ? 

Contrairement aux idées reçues, ces analyses ne servent pas uniquement à identifier une substance dans l’organisme. Dans la majorité des cas, les produits utilisés pour la soumission chimique sont rapidement éliminés par le corps, parfois en quelques heures. Or, les victimes mettent souvent un ou deux jours à comprendre ce qui leur est arrivé, à sortir de la sidération ou à rassembler suffisamment d’éléments pour consulter un médecin.

Jusqu’à présent, les professionnels de santé hésitaient à prescrire ces examens. Non remboursées et coûteuses, elles avaient de fortes chances de revenir négatives, ce qui pouvait fragiliser le parcours judiciaire des victimes. Un test sans résultat devenait alors, à tort, un argument de doute.

Avec cette expérimentation, le changement est profond. On passe d’un outil rare, onéreux et incertain à un acte médical pleinement reconnu, même lorsque l’analyse ne révèle aucune trace biologique. Le test négatif cesse d’être un échec : il devient une information à part entière.

Il atteste que la victime a consulté rapidement, que son récit a été pris au sérieux par le corps médical, que la chronologie des faits est documentée et que l’absence de trace est médicalement explicable. En d’autres termes, le silence du corps n’est plus interprété comme un silence de la preuve.

Avant, un test négatif signifiait simplement : « On n’a rien trouvé ». Aujourd’hui, il dit autre chose : « On comprend pourquoi on n’a rien trouvé ». Une nuance essentielle, qui pourrait transformer durablement la reconnaissance et la prise en charge des victimes de soumission chimique.

Réécoutez la chronique :