Un salon de l’agriculture inédit.. sans bovins

Publié : 9h28 par Alicia Méchin

Crédit image: Pixabay

Le Salon de l’agriculture, grand-messe annuelle du monde rural, ouvre ses portes samedi à Paris, et s’annonce comme une édition à part.

Pour la première fois depuis sa création dans les années 1960, aucun bovin ne foulera les allées du parc des expositions. Une absence lourde de sens, tant les vaches incarnent l’image même de l’événement.

En cause : la dermatose nodulaire contagieuse, une maladie virale qui affecte les bovins et impose des mesures sanitaires strictes. Face à ce risque, les autorités ont renforcé l’encadrement des déplacements d’animaux. Vaccination obligatoire, certificats vétérinaires, contrôles renforcés, traçabilité accrue : tout mouvement de bovin est désormais soumis à un cadre réglementaire particulièrement rigoureux, défini par des arrêtés préfectoraux et des règles européennes.

Mais au-delà de la seule menace sanitaire, c’est l’effet en cascade de ce droit sanitaire qui explique l’absence des vaches au Salon. Car ces obligations ne sont pas neutres pour les éleveurs. La moindre anomalie administrative ou sanitaire peut engager leur responsabilité, sans garantie de compensation intégrale en cas de problème. Autrement dit, même un animal parfaitement sain peut devenir une source de risque financier dès lors qu’il est déplacé.

Le droit n’interdit pas formellement la participation au Salon. Il ne ferme pas la porte aux éleveurs. Pourtant, il introduit une telle incertitude que beaucoup préfèrent renoncer. Amener un bovin à Paris devient un pari économique, où les coûts potentiels dépassent les bénéfices attendus en termes de visibilité ou de valorisation.

L’absence des bovins ne relève donc pas d’un simple choix symbolique ou logistique. Elle révèle une tension plus profonde entre protection collective et fragilité individuelle. En cherchant à sécuriser l’ensemble de la filière face au risque sanitaire, la norme transfère une part importante de la charge sur les exploitants eux-mêmes. Le Salon de l’agriculture agit ainsi comme un révélateur : lorsqu’un cadre réglementaire transforme chaque déplacement en risque financier, ce sont d’abord les éleveurs les plus vulnérables qui s’effacent.

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