675 incarcérations après l'affaire Lyhanna : ce que révèle vraiment le bilan de Gérald Darmanin

Publié : 7h14 par Alicia Méchin

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Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, avait donné jusqu'au 14 juillet aux magistrats et aux enquêteurs pour reprendre "l'intégralité des plaintes qui touchent les enfants".

Dans un bilan présenté hier, il a fait état d'un total de 85.047 plaintes recensées, et 970 dossiers sont désormais jugés prioritaires. 1350 informations judiciaires ont été ouvertes et 675 personnes ont été incarcérées pour des faits de nature sexuelle sur mineurs, depuis le 8 juin dernier.

Des chiffres assez élevés en si peu de temps. Alors, pourquoi ? A-t-il vraiment fallu un drame pour que la justice fasse enfin son travail ? C'est une conclusion tentante. Mais elle ne reflète pas entièrement ce que racontent ces chiffres.

Le principal enseignement de cette opération n'est pas tant juridique qu'organisationnel. Pendant un mois, tous les parquets ont reçu la même consigne : passer en revue les procédures concernant les violences sexuelles sur mineurs et repérer celles qui nécessitaient une relance immédiate. L'objectif n'était pas de reprendre intégralement des dizaines de milliers d'enquêtes, mais d'identifier les dossiers restés bloqués, ceux dans lesquels un acte d'enquête manquait ou ceux qui exigeaient une décision rapide.

Cette mobilisation a profondément modifié la manière de travailler. Habituellement, les parquets doivent arbitrer entre une multitude d'urgences : violences intrafamiliales, homicides, trafic de stupéfiants, criminalité organisée, terrorisme... Chaque jour, de nouveaux dossiers arrivent et les priorités évoluent en permanence.

À la suite de l'affaire Lyhanna, ce fonctionnement habituel a été bousculé. Pour la première fois, une seule catégorie de dossiers est devenue une priorité nationale. Cette concentration exceptionnelle des moyens a permis de faire émerger des procédures qui, dans le flux quotidien, auraient parfois attendu davantage avant d'être relancées.

Les 675 incarcérations ne signifient donc pas nécessairement que 675 affaires avaient été abandonnées. Elles montrent aussi ce qui peut se produire lorsqu'une institution concentre son attention sur un objectif précis.

Cela ne résout évidemment pas les difficultés structurelles de la justice, notamment le manque de magistrats, d'enquêteurs ou de moyens. Mais ce bilan met en lumière un mécanisme souvent invisible : à moyens constants, l'ordre des priorités peut profondément modifier les résultats obtenus.

Au fond, cette opération dit moins que la justice ne faisait rien auparavant qu'elle montre ce qu'elle est capable de produire lorsqu'elle décide collectivement qu'un sujet devient une priorité nationale.