Albanie : une zone protégée est-elle vraiment “protégée” ?

Publié : 9 juin 2026 à 8h25 par Alicia Méchin

Crédit image: Pixabay

La fille de Donald Trump, Ivanka Trump et son mari ont lancé un projet d’investissement pharaonique de 5 milliards de dollars en Albanie. Et ça ne plait pas à tout le monde...

La construction a débuté. Pourtant, les deux sites visés sont en zones protégées pour la biodiversité. La zone abrite des flamants roses, des phoques et des tortues. Les habitants inquiets manifestent. Le Premier ministre albanais, lui, ne s’oppose pas au projet.

À première vue, l’expression “zone protégée” semble impliquer une protection absolue. Si une zone est protégée, elle devrait être à l’abri des constructions et des grands projets immobiliers. Pourtant, en droit, cette intuition est trompeuse.

Une zone protégée n’est pas un espace naturellement sanctuarisé : c’est une catégorie juridique créée par une autorité publique. Elle existe parce qu’un État — en l’occurrence le Parlement ou le gouvernement albanais — a adopté un texte définissant un périmètre, des objectifs de protection et surtout des usages autorisés ou interdits.

Autrement dit, la protection n’est pas absolue. Elle est définie par des règles, et ces règles peuvent évoluer. En Albanie, une réforme adoptée en 2024 a d’ailleurs modifié le régime des aires protégées, en introduisant davantage de possibilités de dérogations pour certains projets touristiques ou qualifiés d’investissements stratégiques.

C’est là que se situe le cœur du débat autour du projet immobilier impliquant des investisseurs liés à la famille Trump. L’opinion publique se concentre sur une question simple : peut-on construire dans une aire protégée ? Mais juridiquement, quelles sont exactement les règles applicables aujourd’hui à cette zone ?

Dans de nombreux systèmes juridiques européens, une aire protégée peut en effet autoriser certains aménagements sous conditions : infrastructures touristiques, équipements d’intérêt national ou projets stratégiques. Il suffit alors d’une modification législative ou réglementaire pour élargir ou redéfinir ces exceptions.

Le mécanisme central est donc le suivant : on ne contourne pas nécessairement la règle, on peut aussi modifier la règle elle-même.

L’Union européenne, dans le cas de l’Albanie, n’est pas l’autorité qui classe ou déclasse ces zones. Ce pouvoir reste national. Bruxelles peut exercer une pression politique ou conditionner l’adhésion à des standards environnementaux, mais elle ne dessine pas les parcs nationaux.

Dès lors, une idée s’impose : une zone protégée n’est pas une frontière naturelle, mais une frontière juridique et politique. Et comme toute frontière juridique, elle dépend de ceux qui ont le pouvoir de la redéfinir.

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