Canicule : le vrai enjeu n'est peut-être pas l'arbre, mais la terre
Publié : 6h48 par Alicia Méchin
Face aux canicules, la solution semble évidente : planter des arbres. Ils apportent de l'ombre, rafraîchissent l'air et limitent les îlots de chaleur.
Pourtant, urbanistes et juristes invitent à regarder le problème autrement. Car le véritable enjeu n'est pas seulement le nombre d'arbres. C'est la quantité de... pleine terre.
Pourquoi ? Parce qu'un arbre ne pousse pas sur du béton. Pour se développer, il a besoin d'un volume important de sol naturel, dans lequel ses racines pourront s'étendre et capter l'eau. Un simple carré de terre au pied d'un trottoir ne suffit pas toujours à faire naître un arbre capable de rafraîchir durablement une rue.
C'est cette logique qui apparaît progressivement dans certains Plans locaux d'urbanisme (PLU). Élaborés par les communes ou les intercommunalités, ces documents fixent les règles de construction sur leur territoire. Pendant longtemps, ils ont surtout organisé ce qu'il était possible de construire : bâtiments, voiries, parkings, équipements... Aujourd'hui, certains introduisent une autre logique : préserver une part minimale du terrain en pleine terre, grâce à un « coefficient de pleine terre » ou à des règles équivalentes.
L'idée est simple : empêcher qu'une parcelle soit entièrement artificialisée. Car une fois le sol recouvert de béton ou d'enrobé, il est extrêmement difficile de revenir en arrière. Sous les trottoirs passent les réseaux d'eau, de gaz, d'électricité, les égouts ou encore la fibre optique. Retrouver un volume de terre suffisant pour accueillir un grand arbre devient alors un véritable casse-tête technique et financier.
Attention toutefois : il n'existe pas de coefficient de pleine terre imposé par une loi nationale. Chaque collectivité choisit, ou non, d'inscrire ce type de règle dans son PLU, dans le cadre fixé par le Code de l'urbanisme.
Cette évolution traduit un changement de philosophie. Il ne s'agit plus seulement de réfléchir à ce que l'on construit, mais aussi à ce que l'on choisit de ne pas construire. Finalement, la question n'est pas seulement : où planter des arbres ? C'est d'abord : où a-t-on encore laissé de la terre pour qu'ils puissent grandir ?
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