Carrefour : vers des prix alimentaires qui changent en temps réel ?

Publié : 10h02 par Alicia Méchin

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Après les billets d’avion et les chambres d’hôtel, les pâtes et le lait verront-ils bientôt leur prix varier d’heure en heure ?

La question se pose depuis l’annonce par Carrefour d’un vaste plan de modernisation de ses magasins. L’enseigne prévoit notamment d’optimiser ses points de vente grâce à l’intelligence artificielle, avec à la clé une « mise à jour des prix en temps réel ».

Sur le plan technologique, rien d’irréaliste. Les étiquettes électroniques permettent déjà de modifier instantanément un prix en rayon. Couplées à des algorithmes d’analyse des stocks, des ventes et de la demande, elles ouvrent la voie à ce que l’on appelle la tarification dynamique. Ce modèle, largement utilisé dans le transport aérien ou ferroviaire, consiste à faire varier les prix selon différents paramètres : niveau de la demande, volume de stock disponible, ou encore proximité de la date de péremption. Un produit approchant de sa fin de vie pourrait ainsi voir son prix baisser pour limiter le gaspillage, tandis qu’un article très demandé pourrait augmenter temporairement.

Mais si la technologie le permet, le droit, lui, encadre strictement ces pratiques. La grande distribution commercialise des biens de première nécessité, et le cadre juridique français et européen impose des obligations précises. Le Code de la consommation exige un affichage clair, lisible et non ambigu des prix, exprimés toutes taxes comprises. Il prohibe également les pratiques commerciales trompeuses. Autrement dit, un consommateur doit comprendre sans difficulté combien il paie et pourquoi.

Un prix qui varierait fréquemment sans explication apparente pourrait être contesté, notamment s’il crée un sentiment d’arbitraire ou d’opacité. Contrairement aux États-Unis, où la flexibilité tarifaire est plus large, la protection du consommateur en France constitue un garde-fou puissant.

En pratique, une modulation des prix liée à la gestion des stocks ou à la lutte contre le gaspillage alimentaire semble juridiquement envisageable, à condition d’être transparente. En revanche, une variation individualisée ou opportuniste sur des produits essentiels serait à la fois juridiquement risquée et politiquement sensible. Entre innovation technologique et exigence de confiance, l’équilibre reste délicat.

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