Choisir un prénom : depuis 1993, les parents ont beaucoup plus de liberté

Publié : 6h00 par Alicia Méchin

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En 80 ans, le nombre de prénoms différents attribués aux enfants nés en France a été multiplié par plus de huit. Une diversification qui s’explique notamment par une évolution majeure du droit.

Les prénoms se diversifient à grande vitesse en France. Selon les données de l’Insee, 8 007 prénoms différents ont été attribués aux enfants nés en 1946, contre 65 940 en 2025. Une évolution spectaculaire, alors même que le nombre de naissances est passé de 869 000 à environ 643 900 sur la même période.

Mais cette explosion ne s’explique pas uniquement par l’imagination croissante des parents. Elle coïncide notamment avec un changement majeur dans la manière dont la loi encadre le choix d’un prénom.

 

Avant 1993, le choix était encadré

Pendant près de deux siècles, une règle issue de la loi du 11 germinal an XI, datant de 1803, encadrait le choix des prénoms. Elle prévoyait notamment que les prénoms pouvaient être tirés des calendriers ou correspondre à des personnages connus de l’histoire ancienne.

Cela ne signifiait pas pour autant que les parents devaient choisir dans une liste fermée. La jurisprudence avait progressivement admis certains usages et traditions. Mais l’officier d’état civil pouvait refuser l’inscription d’un prénom qui ne respectait pas les règles applicables.

Un exemple célèbre est celui du prénom « Manhattan », refusé par la justice en 1984.

 

Depuis 1993, le principe est inversé

La loi du 8 janvier 1993 a profondément modifié ce système. Elle consacre le principe de liberté du choix des prénoms par les parents.

Désormais, l’officier d’état civil doit inscrire les prénoms choisis. Il ne dispose donc plus du même pouvoir de refus préalable. En revanche, s’il estime que le prénom porte atteinte à l’intérêt de l’enfant ou aux droits d’un tiers, il doit en aviser le procureur de la République. Celui-ci peut alors saisir le juge aux affaires familiales, qui peut ordonner la suppression du prénom.

Le changement est donc subtil mais majeur : avant 1993, le choix pouvait être bloqué au moment de l’enregistrement ; depuis, la liberté est le principe et le contrôle intervient seulement lorsqu’un problème est signalé.

Cette évolution juridique n’explique évidemment pas à elle seule les 65 940 prénoms recensés en 2025. Mais elle a supprimé un frein important à la diversification des choix parentaux.