Coco : Pourquoi un site interdit peut réapparaître

Publié : 9h33 par Alicia Méchin

Crédit image: Pixabay

Fermée en 2024, la plateforme de tchat gratuite Coco, mise en cause dans plusieurs dossiers criminels dont l’affaire des viols de Mazan, a réapparu sous une nouvelle identité.

Interface quasi identique, fonctionnement similaire, changement de nom : le site semble revenir malgré une interdiction judiciaire. Une enquête a été ouverte pour comprendre les conditions de cette résurgence.

Derrière ce phénomène, la logique juridique est plus complexe qu’il n’y paraît. Contrairement à une idée reçue, le droit ne peut pas interdire “Internet” ni empêcher la création d’un site en tant que tel. Il intervient principalement sur des situations déjà constituées : un service identifié, des contenus précis, des responsables déterminés. C’est à partir de ces éléments que la justice peut ordonner une fermeture, un blocage ou engager des poursuites.

Créer un site internet est, en soi, une activité technique neutre. Elle relève de la liberté d’expression et de la liberté d’entreprendre, tant que les contenus diffusés respectent le droit. En conséquence, il n’existe pas de mécanisme juridique permettant d’interdire de manière générale la “construction” d’un site. Une telle interdiction reviendrait à empêcher par principe une capacité technologique, indépendamment de son usage futur.

C’est ici que se joue le décalage central. La justice peut fermer une plateforme dans une configuration donnée : un nom de domaine, un hébergeur, une structure juridique et des opérateurs identifiés. Mais elle ne peut pas empêcher qu’une structure équivalente soit recréée ensuite sous une autre forme. Le droit agit sur des objets stables, tandis que l’environnement numérique permet une reconfiguration rapide de ces objets.

Autrement dit, la fermeture d’un site ne supprime pas un “modèle”, elle met fin à une incarnation précise de ce modèle. Si les acteurs changent d’hébergement, de nom ou de structure, une nouvelle procédure doit être engagée pour obtenir une nouvelle interdiction.

C’est ce décalage structurel entre un droit fondé sur l’identification et la stabilité, et un internet fondé sur la duplication et la mobilité, qui explique les réapparitions de certaines plateformes malgré des décisions de justice.

Réécoutez la chronique :