Gaspillage de médicaments : le rôle méconnu de la réglementation européenne

Publié : 7h25 par Alicia Méchin

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Le gaspillage de médicaments recule en France, mais il reste massif. Entre 2022 et 2024, le volume de médicaments non utilisés rapportés en pharmacie a diminué de 30 %.

Il représente néanmoins encore plus de 7 600 tonnes par an. Selon l'Assurance maladie, ce gaspillage coûte environ 517 millions d'euros chaque année. Face à ces chiffres, une question revient régulièrement : pourquoi ne pas faire comme aux États-Unis et délivrer exactement le nombre de comprimés correspondant au traitement prescrit ?

La réponse est plus complexe qu'il n'y paraît. Un élément largement absent du débat public réside dans la réglementation européenne adoptée pour lutter contre les médicaments falsifiés. À la suite de plusieurs affaires de contrefaçon ayant touché le marché pharmaceutique, l'Union européenne a renforcé la sécurisation des médicaments. De nombreux produits doivent désormais comporter un identifiant unique permettant de vérifier leur authenticité, ainsi qu'un dispositif de sécurité signalant toute ouverture de l'emballage.

Depuis lors, la boîte d'origine est devenue la pierre angulaire de la sécurité du médicament. Toute une partie du système de contrôle repose sur l'intégrité de ce conditionnement : authentification du produit, traçabilité des lots, suivi des dates de péremption et vérification de l'absence d'altération.

Contrairement à une idée répandue, le droit européen n'interdit pas la délivrance à l'unité. Celle-ci existe déjà pour certaines catégories de médicaments, notamment certains antibiotiques. Mais chaque fois qu'une boîte est ouverte pour distribuer un nombre précis de comprimés, les opérations de traçabilité deviennent plus complexes.

Le débat sur le gaspillage oppose donc deux objectifs légitimes. D'un côté, la volonté de limiter les médicaments inutilisés en adaptant au plus près les quantités délivrées. De l'autre, l'exigence de sécuriser la chaîne du médicament face aux risques de falsification.

Autrement dit, si la délivrance à l'unité est souvent présentée comme une solution évidente au gaspillage, elle se heurte à une réalité moins visible : depuis une dizaine d'années, l'Europe a organisé une partie de la sécurité pharmaceutique autour du conditionnement d'origine. Une priorité qui ne rend pas la délivrance à l'unité impossible, mais beaucoup plus complexe qu'elle n'en a l'air.