Grève des médecins libéraux : pourquoi les promesses d’augmentation peuvent ne jamais être tenues

Publié : 9h31 par Alicia Méchin

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Depuis une semaine, les médecins libéraux sont appelés à faire grève dans toute la France.

À l’origine du mouvement, une vive inquiétude face aux mesures prévues dans le budget de la Sécurité sociale, que les professionnels jugent dangereuses pour leur liberté d’exercice et pour l’équilibre économique de leur activité. Si la mobilisation peut surprendre une partie du public, elle repose sur des mécanismes budgétaires complexes et largement méconnus.

Parmi les principales revendications figure une disposition de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026. Cette mesure permettrait à l’État ou à l’Assurance maladie de baisser unilatéralement les tarifs de certains actes médicaux, sans passer par une négociation préalable avec les médecins. Or, le secteur de la médecine libérale est historiquement encadré par un système conventionnel : les tarifs sont normalement fixés à l’issue de discussions entre l’Assurance maladie et les représentants des professionnels de santé. La perspective d’un contournement de ce cadre nourrit un sentiment de défiance et de perte de contrôle chez les praticiens.

Les consultations n’étaient-elles pas censées augmenter cette année ? 

Ce qui inquiète les médecins, ce n’est pas seulement le montant affiché des consultations, mais l’existence d’un plafond global de dépenses fixé chaque année pour l’ensemble de la médecine libérale. Ce plafond agit comme un verrou budgétaire invisible. En pratique, il est tout à fait possible que la loi annonce une augmentation, par exemple de cinq euros sur le tarif d’une consultation, sans que cette hausse ne soit réellement versée.

Le mécanisme est automatique et parfaitement légal. Si, au cours de l’année, les dépenses totales liées aux actes médicaux dépassent le plafond prévu, les revalorisations tarifaires sont gelées. Autrement dit, l’augmentation promise peut être annulée sans nouvelle décision politique, simplement parce que l’enveloppe budgétaire a été dépassée. Sur le terrain, les médecins continuent alors à travailler sans percevoir le moindre gain supplémentaire, malgré les annonces officielles.

Ce système, peu lisible pour le grand public, est vécu comme profondément injuste par les professionnels. Il crée un décalage entre le discours politique et la réalité économique des cabinets médicaux. Les médecins peuvent se voir promettre une revalorisation, l’intégrer dans leurs projections financières, puis constater qu’elle n’existe que sur le papier.

La grève actuelle ne se résume donc pas à une simple revendication salariale. Elle est avant tout une réaction à un mécanisme budgétaire automatique et opaque, capable d’annuler des revenus annoncés sans négociation ni visibilité. Pour les médecins libéraux, l’enjeu dépasse la question du tarif : il s’agit de préserver la prévisibilité de leur exercice et la crédibilité des engagements pris par les pouvoirs publics.

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