Laits infantiles rappelés : pourquoi les contrôles ne suffisent pas toujours

Publié : 9h47 par Alicia Méchin

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Le groupe Lactalis a procédé hier au rappel de 6 lots de lait infantile de la marque Picot, potentiellement contaminés à la céréulide.

Il y a quelques semaines déjà, des lots de laits infantiles Guigoz et Nidal ont été rappelés dans plusieurs pays européens après que Nestlé a détecté un problème de qualité dans un ingrédient fourni par un grand partenaire.

Comment des produits destinés aux nourrissons peuvent-ils encore présenter des risques malgré des contrôles stricts ? 

Ces annonces successives donnent l’impression que des produits dangereux passent régulièrement « entre les mailles du filet ». Pourtant, les contrôles existent bel et bien, et ils sont nombreux. À chaque étape de la chaîne de production — matières premières, transformation, conditionnement, transport — des procédures strictes sont mises en place. Les fabricants, les laboratoires indépendants et les autorités sanitaires multiplient les analyses pour garantir la sécurité des produits.

Mais ces contrôles reposent sur un principe fondamental : l’échantillonnage. Il est matériellement impossible de tester chaque boîte individuelle produite par une usine qui en fabrique parfois des millions. Les analyses portent donc sur des échantillons dits « représentatifs » d’un lot. Ce système est statistiquement fiable, mais il n’est pas infaillible. Un défaut microscopique, rare ou ponctuel peut échapper à la détection initiale, surtout s’il ne se manifeste qu’à une étape ultérieure.

Certains problèmes n’apparaissent en effet qu’après l’assemblage final du produit, voire lors du transport ou du stockage. Une variation de température, une réaction chimique tardive ou une contamination extrêmement localisée peuvent transformer un ingrédient initialement conforme en élément problématique. C’est précisément dans ces situations que le mécanisme de rappel préventif prend tout son sens.

Contrairement à une idée reçue, la législation européenne en matière de sécurité alimentaire n’attend pas qu’un produit soit visiblement dangereux ou qu’un accident sanitaire survienne. Dès qu’un ingrédient est jugé douteux, même en l’absence de cas déclarés, l’ensemble du lot concerné doit être retiré du marché. Cette logique de précaution peut donner le sentiment d’une alerte excessive, mais elle vise à protéger les consommateurs les plus vulnérables, en particulier les nourrissons.

Le rappel n’est donc pas la preuve d’un échec total des contrôles, mais plutôt le signe que le système de traçabilité fonctionne. Chaque lot est suivi, documenté et identifiable, ce qui permet un retrait rapide et ciblé dès qu’un doute apparaît. En conclusion, la sécurité alimentaire repose moins sur ce qui est immédiatement visible que sur la capacité à détecter, tracer et corriger l’invisible. Les rappels ne sont pas rassurants, mais ils constituent paradoxalement l’un des piliers de la protection sanitaire moderne.

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