Nutri-Score : utile, mais insuffisant face aux aliments ultra-transformés

Publié : 11h15 par Alicia Méchin

Crédit image: Pixabay

Plusieurs associations et ONG de défense des consommateurs ont récemment lancé une pétition réclamant davantage de transparence sur les aliments ultra-transformés.

Parmi leurs principales revendications figure la mise en place d’un étiquetage obligatoire permettant d’identifier immédiatement ces produits ultra-transformés, à l’image de certains pays comme le Pérou, qui utilisent déjà des avertissements visibles sur les emballages.

Le Nutri-Score ne répond-il pas déjà à cet objectif de transparence ?

Le Nutri-Score constitue effectivement une avancée importante. Grâce à son système de lettres et de couleurs, il permet aux consommateurs de comparer rapidement les qualités nutritionnelles des produits alimentaires. Cependant, ce dispositif présente plusieurs limites majeures, à la fois scientifiques et juridiques.

D’abord, le Nutri-Score n’est pas obligatoire au niveau européen. Les fabricants restent libres de l’afficher ou non sur leurs produits. Ensuite, son fonctionnement repose principalement sur une évaluation nutritionnelle : il prend en compte les quantités de sucre, de sel, de matières grasses, de fibres ou encore de protéines. Il permet donc de savoir si un produit est globalement équilibré d’un point de vue nutritionnel.

Mais la question des aliments ultra-transformés est différente. Elle ne concerne pas uniquement les nutriments présents dans le produit, mais aussi la manière dont il a été fabriqué. Le degré de transformation industrielle, l’ajout d’additifs, les procédés de fabrication ou encore la distance entre le produit final et l’aliment brut d’origine ne sont pas pris en compte par le Nutri-Score.

Concrètement, un produit peut obtenir une note correcte sur le plan nutritionnel tout en étant fortement transformé industriellement. Le Nutri-Score ne renseigne ni sur le nombre d’étapes de transformation, ni sur la présence de multiples additifs, ni sur la complexité de la formulation industrielle.

La difficulté est aussi juridique : contrairement aux critères nutritionnels, la notion d’« ultra-transformation » n’est pas encore harmonisée dans le droit européen. Or construire un système d’étiquetage commun nécessite des définitions précises et reconnues par tous les États membres.

En résumé, la transparence nutritionnelle indique ce que contient un aliment, tandis que la transparence sur la transformation cherche à montrer à quel point ce produit a été modifié par l’industrie agroalimentaire. Deux approches complémentaires, mais juridiquement très différentes à mettre en place.

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