Patrick Bruel : quand les plaintes anciennes interrogent la loi sur la prescription

Publié : 7h03 par Alicia Méchin

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Patrick Bruel fait la UNE de l’actualité, visé par plusieurs accusations de violences sexuelles, dont certaines remontent à plusieurs décennies.

Deux plaintes principales sont aujourd’hui au centre de l’attention. La première concerne des faits de tentative de viol et d’agression sexuelle qui auraient eu lieu en 1997. La seconde, plus récente, porte sur des faits de viol remontant à 2012 et fait l’objet d’une enquête préliminaire. Par ailleurs, selon les révélations publiées par le média en ligne Mediapart, six femmes accusent Patrick Bruel de violences sexuelles entre 1992 et 2019. Ces accusations mettent en lumière la complexité du traitement judiciaire des affaires anciennes.

Alors que peut-on attendre comme suites, surtout lorsque certains faits sont juridiquement prescrits ? En France, le droit prévoit des délais précis pour agir en justice. Pour les viols commis sur des adultes, la prescription est généralement de 20 ans après la majorité de la victime, tandis que pour les faits commis sur des mineurs, elle peut s’étendre à 30 ans. Concrètement, cela signifie que certaines affaires anciennes ne peuvent plus déboucher sur une condamnation pénale, même si les accusations sont crédibles.

Mais la prescription ne signifie pas que tout est oublié. Le mécanisme invisible mais crucial est que la prescription empêche la sanction pénale, mais pas la recherche de la vérité. Le parquet peut toujours ouvrir une enquête préliminaire, auditionner des témoins, croiser les plaintes et collecter des preuves. Même si les faits sont anciens, ces enquêtes permettent de documenter les comportements allégués et de donner voix aux victimes.

De plus, les victimes peuvent parfois obtenir réparation devant les tribunaux civils, via des demandes de dommages et intérêts, même si le pénal est prescrit. Les enquêtes et révélations médiatiques peuvent également avoir des conséquences indirectes sur la vie professionnelle ou sociale de l’auteur présumé.

En résumé, la prescription limite la punition pénale, mais elle n’efface pas les faits. Elle ne ferme pas la porte à la justice civile ni à la documentation des comportements. La loi distingue donc très clairement entre impossibilité de condamner et possibilité d’enquêter, un aspect souvent méconnu mais essentiel pour comprendre le traitement des affaires anciennes.

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