Pénurie de médicaments : la responsabilité de l’État en question

Publié : 9h25 par Alicia Méchin

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Saisi par le syndicat Jeunes médecins, l’institution doit déterminer si le ministère de la Santé et l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) peuvent être tenus responsables des tensions d’approvisionnement en psychotropes en France.

La question des pénuries de médicaments revient régulièrement dans le débat public, mais les responsabilités restent souvent mal comprises. Une audience récente devant le Conseil d'État relance le sujet.

Parmi les médicaments concernés figure la quétiapine, largement prescrite notamment pour traiter la schizophrénie. Ce traitement connaît des difficultés d’approvisionnement persistantes depuis plus d’un an, sans perspective claire de retour à la normale. Une situation qui inquiète patients et professionnels de santé, confrontés à des ruptures prolongées.

Face à cette crise, une question se pose : la faute incombe-t-elle uniquement aux laboratoires pharmaceutiques ? À première vue, cela peut sembler logique, puisque ce sont eux qui produisent et distribuent les médicaments. Pourtant, le cadre juridique français raconte une autre histoire.

En réalité, l’État joue un rôle central dans l’organisation du système du médicament. À travers l’ANSM et le ministère de la Santé, il dispose d’une obligation de contrôle et de régulation. Le Code de la santé publique impose en effet aux autorités de garantir la disponibilité et la sécurité des médicaments sur le territoire. Cela inclut la surveillance des stocks, l’anticipation des tensions et l’adaptation de la répartition en fonction des besoins des patients.

Ainsi, une pénurie ne constitue pas seulement un problème industriel ou logistique. Elle peut aussi révéler une défaillance du système de régulation publique. Juridiquement, cela signifie que la responsabilité de l’État peut être engagée si les mécanismes de contrôle n’ont pas permis d’assurer la livraison effective des médicaments autorisés à la mise sur le marché.

Cette approche marque un changement de perspective important. Elle rappelle que l’accès aux traitements ne dépend pas uniquement des fabricants, mais aussi de l’efficacité de l’action publique.

Au final, cette affaire met en lumière une fragilité du système de santé. Examiner la responsabilité de l’État n’est pas un exercice théorique : c’est une manière concrète de questionner sa capacité à protéger les patients face à des pénuries devenues structurelles.

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