Pourquoi est-ce toujours si compliqué d'avoir des Canadair ?

Publié : 10h49 par Alicia Méchin

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Chaque été ou presque, la même polémique revient : la France manque de Canadair. Et chaque année, la même question surgit : pourquoi est-ce si difficile d'en acheter davantage ?

Le gouvernement a annoncé un renforcement des moyens de lutte avec notamment la commande de deux Canadair supplémentaires. Deux autres, commandés en 2024 et financés en partie grâce à l’Union européenne, viendront compléter la flotte en décembre 2028.  À l'horizon 2033, il y en aura donc 16 dans l'Hexagone. En attendant, 12 sont déployés cet été.

Alors, pourquoi est-ce si difficile d'en acheter davantage ? L'explication la plus intuitive est de penser qu'il s'agit d'un problème budgétaire. Les avions coûtent cher, les procédures sont longues, l'État tarde à commander. Pourtant, ce n'est pas le cœur du sujet.

Pendant des années, l'industrie du bombardier d'eau a pratiquement disparu. Les incendies de forêt sont de plus en plus fréquents et de plus en plus violents. On pourrait donc imaginer que la production de Canadair tourne à plein régime. En réalité, le marché mondial de ces appareils est minuscule. Seuls quelques pays méditerranéens et quelques régions d'Amérique du Nord en ont besoin. Les commandes étaient si rares que la production du CL-415, l'avion emblématique de lutte contre les feux, a été arrêtée en 2015.

Au moment où les mégafeux deviennent un phénomène de masse, l'industrie capable de produire les avions destinés à les combattre s'est affaiblie. C'est précisément ce qui explique l'intervention de l'Union européenne. Après les incendies géants des dernières années, Bruxelles a renforcé le mécanisme de protection civile rescEU. Officiellement, il s'agit de mutualiser les moyens de lutte contre les catastrophes. Mais son effet le plus intéressant est ailleurs : il permet de regrouper les commandes de plusieurs États afin de recréer un marché suffisamment important pour relancer la production.

Autrement dit, l'Europe ne se contente pas de partager des avions. Elle reconstitue le carnet de commandes nécessaire à l'existence même d'une industrie du bombardier d'eau.

Cela change complètement la lecture du sujet. La question n'est plus seulement : « Pourquoi la France n'achète-t-elle pas plus vite des Canadair ? » La vraie question est : comment l'Europe en est-elle arrivée à dépendre d'une seule chaîne de production pour un équipement devenu essentiel face aux mégafeux ?

Car avant de recevoir de nouveaux Canadair, il a d'abord fallu recréer les conditions permettant de les fabriquer.

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