Pourquoi le prix du café s’envole, même sans pénurie

Publié : 9h59 par Alicia Méchin

Crédit image: Pixabay

Après le chocolat, c’est au tour du café de subir une hausse marquée de ses prix.

Un nouveau coup dur pour le budget des ménages, tant cette boisson fait partie des habitudes quotidiennes. En trois ans, le prix du café moulu a connu une augmentation spectaculaire : il faut aujourd’hui débourser en moyenne 10,59 euros pour 500 grammes, contre 6,79 euros il y a encore peu de temps. Une inflation difficile à comprendre pour les consommateurs, d’autant qu’aucune pénurie majeure n’est signalée.

Alors pourquoi le café devient-il si cher ? La réponse ne se trouve pas uniquement dans les champs de caféiers. Si le climat, les coûts de transport ou l’énergie jouent un rôle, ils ne suffisent pas à expliquer une telle envolée. Le café n’est plus seulement un produit agricole : c’est aussi devenu un produit financier.

Dans les faits, les grandes marques et les industriels du secteur achètent leur café longtemps à l’avance, à des prix fixés pour plusieurs mois, voire plusieurs années. Ce mécanisme leur permet de se protéger contre d’éventuelles hausses futures liées aux aléas climatiques, aux tensions géopolitiques ou aux fluctuations des marchés internationaux. En d’autres termes, ils souscrivent une forme d’assurance contre le risque de flambée des prix.

Mais cette protection a un coût. Et ce coût est répercuté immédiatement sur le prix payé par le consommateur. Résultat : même lorsque les récoltes sont correctes, même lorsque le café ne manque pas sur le marché, le prix en rayon augmente. Le consommateur ne paie plus seulement le café tel qu’il est produit aujourd’hui, mais aussi le risque de ce qu’il pourrait coûter demain.

Cette logique financière transforme profondément la formation des prix. Le café devient un produit dont la valeur anticipe l’avenir, et non plus uniquement la réalité de l’offre et de la demande actuelles. Une situation frustrante pour les consommateurs, qui ont le sentiment de payer pour une crise hypothétique.

En définitive, la hausse du prix du café ne s’explique pas seulement par des contraintes agricoles ou logistiques. Elle reflète aussi un choix économique : faire payer dès maintenant une protection financière contre une augmentation qui, peut-être, n’a pas encore eu lieu. Une réalité invisible, mais bien présente dans le prix de chaque tasse.

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