Pourquoi le retour de la consigne en verre est bien plus compliqué qu'il n'y paraît

Publié : 5h35 par Alicia Méchin

Crédit image: Pixabay

La consigne en verre fait doucement son retour en France. Depuis un an, le programme ReUse, porté par Citeo, est expérimenté dans quatre régions du nord-ouest.

L'objectif : remettre en circulation des bouteilles en verre grâce à un système de collecte, de lavage et de réemploi. Les premiers résultats sont encourageants, avec certaines références qui atteignent près de 60 % de retour en magasin. Mais le déploiement reste limité : seuls 362 magasins sur les 700 prévus ont adopté le dispositif.

Pourquoi un système qui fonctionne dans des pays comme l'Allemagne est-il si difficile à généraliser en France ? Contrairement aux idées reçues, le principal obstacle n'est pas technique. Il est structurel.

Pendant des décennies, la France a construit toute sa politique de gestion des emballages autour du recyclage. Collecte sélective, centres de tri, usines de recyclage, financement par la responsabilité élargie des producteurs : une filière industrielle complète s'est progressivement organisée autour des emballages à usage unique.

L'Allemagne, elle, a fait un autre choix. Elle a développé depuis longtemps une filière de consigne à grande échelle, qui favorise le réemploi de nombreuses bouteilles en verre. Les infrastructures, les habitudes des consommateurs et l'organisation logistique sont en place depuis des années.

Or le cadre réglementaire évolue. Les réglementations européennes et françaises ne se contentent plus d'encourager le recyclage : elles fixent désormais des objectifs ambitieux de réemploi des emballages. Elles n'imposent pas la consigne, mais elles rendent le simple recyclage progressivement insuffisant pour atteindre les objectifs environnementaux.

C'est tout le paradoxe. Pour développer le réemploi, il ne suffit pas de remettre une consigne sur une bouteille. Il faut créer une nouvelle chaîne logistique : standardiser certains contenants, organiser leur retour, les transporter vers des centres de lavage, puis les redistribuer aux producteurs.

Autrement dit, la France ne part pas de zéro. Elle doit transformer un modèle industriel construit depuis des décennies autour du recyclage, tout en faisant émerger une nouvelle filière dédiée au réemploi. C'est ce changement d'échelle, plus que la bouteille elle-même, qui explique pourquoi le retour de la consigne est un chantier de longue haleine.