SNCF : le climat change plus vite que les trains

Publié : 10h03 par Alicia Méchin

Crédit image: Pixabay

La SNCF a décidé de supprimer 71 trains Intercités entre jeudi et lundi afin de prévenir d'éventuelles pannes de climatisation liées aux fortes chaleurs.

Une annonce qui a immédiatement suscité l'incompréhension de nombreux voyageurs. Après tout, les canicules ne sont plus une surprise. Pourquoi le réseau ferroviaire semble-t-il découvrir chaque été des températures élevées ? L'explication la plus intuitive est souvent celle d'un manque d'anticipation ou d'entretien. Pourtant, le véritable mécanisme est plus complexe.

Le problème n'est pas tant que les canicules soient imprévisibles. Le problème est que le climat évolue plus vite que les cycles de renouvellement du matériel ferroviaire.

Contrairement à une voiture ou à un appareil électroménager, un train est conçu pour durer plusieurs décennies. Certaines rames encore en circulation aujourd'hui ont été pensées dans les années 1970. Grâce aux opérations de maintenance et de rénovation, elles peuvent rester sûres et opérationnelles pendant quarante ou cinquante ans.

Tant qu'un matériel remplit sa mission et répond aux exigences de sécurité, le remplacer représente un coût considérable pour la collectivité. Or le renouvellement d'un parc ferroviaire se chiffre en milliards d'euros et s'étale sur de nombreuses années.

C'est là que se situe le paradoxe. Sur ces anciennes rames, la climatisation n'est pas un équipement autonome que l'on remplace comme dans un appartement. Elle est intégrée à l'ensemble de l'architecture électrique et technique du train. À partir d'un certain niveau de performance recherché, les améliorations passent moins par une simple réparation que par le remplacement progressif du matériel roulant lui-même.

Autrement dit, la question n'est pas seulement celle de l'entretien des climatiseurs. Elle renvoie à un enjeu beaucoup plus vaste : l'adaptation d'infrastructures conçues pour un climat passé à des conditions météorologiques qui deviennent la norme.

La SNCF ne découvre pas la canicule. Elle se heurte au fait que des trains conçus il y a près d'un demi-siècle doivent désormais fonctionner dans un environnement climatique très différent de celui imaginé lors de leur conception.

Au fond, cette histoire dépasse largement le rail. Elle illustre un défi auquel sont confrontées de nombreuses infrastructures publiques : le climat change en quelques décennies, mais les équipements, eux, sont conçus pour durer un demi-siècle.

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