Ukraine, Monténégro : pourquoi l'entrée dans l'Union européenne prend-elle autant de temps ?

Publié : 11h00 par Alicia Méchin

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Les Vingt-Sept ont officiellement ouvert le premier chapitre de négociations avec l’Ukraine, lors d'une conférence intergouvernementale organisée au Luxembourg lundi dernier.

Les négociations avancent. Pourtant, personne n'imagine une adhésion dans les prochaines années. En novembre 2025, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, disait espérer une adhésion d'ici à 2030. Quant au Monténégro, il est candidat depuis plus de 10 ans. De quoi susciter une question simple : pourquoi est-ce si long ? Après tout, ces pays sont déjà en Europe. Ils commercent avec l'Union, coopèrent avec elle et partagent souvent ses orientations politiques. Alors, qu'est-ce qui bloque ?

La réponse tient à un élément souvent invisible dans le débat public : l'Union européenne n'est pas d'abord un territoire, c'est un ordre juridique. Pour adhérer, un pays ne doit pas seulement convaincre ses voisins. Il doit reprendre ce que Bruxelles appelle « l'acquis communautaire » : l'ensemble des règles qui régissent l'Union. Cela représente des dizaines de milliers de pages de droit couvrant des domaines aussi variés que la justice, l'environnement, la concurrence, les marchés publics, les douanes, l'agriculture ou encore la protection des données.

Concrètement, chaque pays candidat est passé au crible. Les institutions européennes vérifient chapitre par chapitre si sa législation est compatible avec celle de l'Union. Et lorsqu'elle ne l'est pas, il faut modifier les lois, renforcer les administrations, créer des autorités de contrôle ou réformer les tribunaux. Un travail colossal qui peut prendre des années.

C'est là que réside le grand paradoxe de l'élargissement européen. Beaucoup imaginent que l'on adopte les règles européennes après être devenu membre. En réalité, c'est souvent l'inverse. Les pays candidats doivent déjà fonctionner largement selon les normes européennes avant même d'obtenir leur siège à Bruxelles.

L'adhésion n'est donc pas un simple élargissement géographique. C'est une transformation juridique profonde. Voilà pourquoi la proximité géographique ne suffit pas. Voilà pourquoi le Monténégro négocie depuis plus d'une décennie. Voilà aussi pourquoi, malgré les progrès réalisés, l'Ukraine a encore un long chemin devant elle.

Au fond, l'Union européenne ne demande pas seulement aux candidats de la rejoindre. Elle leur demande d'abord de lui ressembler. Car dans l'Union européenne, on n'entre pas parce qu'on est européen sur la carte. On entre lorsqu'on est devenu européen dans son droit.

 

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