Un dysfonctionnement dans les centres de rétention administrative pointé dans un rapport

Publié : 20 mai 2026 à 11h07 par Alicia Méchin

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Dans un rapport publié par 5 associations qui interviennent dans les centres de rétention administrative, les migrants enfermés y passent deux fois plus de temps en 2025 qu'en 2020.

En 2025, la durée moyenne de rétention a atteint un peu plus de 33 jours, contre 16 jours en 2020, d'après ces structures. Et si cette durée d'enfermement augmente, le taux d'expulsion, lui, est en baisse par rapport à l'an dernier, selon ces associations. Les centres de rétention administrative, les CRA, sont souvent présentés comme des lieux où l’on enferme des étrangers avant leur expulsion. Mais cette vision masque un mécanisme essentiel, largement méconnu du grand public : la France ne peut pas expulser seule.

Concrètement, lorsqu’une personne sous obligation de quitter le territoire n’a plus de passeport ou de document d’identité valide, l’administration française doit obtenir un laissez-passer consulaire. Ce document est délivré par le pays d’origine, qui doit reconnaître la nationalité de la personne et accepter son retour. Et sans ce document, l’expulsion devient pratiquement impossible.

C’est là que se situe le véritable nœud du système. On imagine souvent que la durée de rétention dépend uniquement de la fermeté de l’État français ou de l’efficacité de la police. En réalité, elle dépend aussi — et parfois surtout — de la coopération diplomatique avec les pays d’origine.

Plus un consulat tarde à répondre, conteste une nationalité ou refuse de délivrer un laissez-passer, plus la procédure d’éloignement se bloque. Et pendant ce temps, la personne peut rester enfermée dans un CRA.

Pourtant, juridiquement, ces centres ne sont pas des prisons. La rétention administrative n’est pas une peine pénale. Le droit européen encadre strictement cette privation de liberté. La directive européenne dite “Retour” de 2008 prévoit que la rétention n’est possible que s’il existe une “perspective raisonnable d’éloignement”. Autrement dit, le CRA est censé être un outil logistique temporaire destiné uniquement à organiser un départ effectif.

C’est ce qui rend la situation actuelle particulièrement sensible. À mesure que les expulsions deviennent plus complexes diplomatiquement, les durées d’enfermement augmentent. Les centres de rétention se retrouvent alors pris dans une contradiction : ils sont conçus comme des lieux de passage très temporaires, mais peuvent devenir des lieux d’enfermement prolongé alors même que l’éloignement reste incertain.

Le débat sur les CRA ne porte donc pas seulement sur la politique migratoire française. Il révèle aussi une dépendance invisible : celle de la France à la coopération administrative et diplomatique d’autres États.

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