Un enfant de 10 ans face à la justice : ce que dit réellement la loi
Publié : 5h37 par Alicia Méchin
Un enfant de 10 ans est soupçonné d’avoir tenté de violer et de tuer une femme de 22 ans à Saint-Brieuc, dans une zone boisée.
Il a été mis en examen après avoir reconnu les faits, qui se sont déroulés le 15 juin dernier. Dans le cadre de l’information judiciaire, le juge d’instruction a ordonné une mesure éducative judiciaire provisoire, avec notamment l’interdiction de quitter son domicile entre 22h et 6h et l’interdiction d’entrer en contact avec la victime.
Mais son âge est remis en question, car il aurait la morphologie d’un enfant d’au moins 14 ans. Ce type d’affaire interroge immédiatement : que prévoit la loi française lorsqu’un mineur est soupçonné d’un crime aussi grave ?
En droit français, un mineur peut être pénalement responsable s’il est considéré comme capable de discernement, c’est-à-dire s’il comprend la portée de ses actes et peut vouloir les accomplir. Mais avant l’âge de 13 ans, la loi pose une présomption forte : l’enfant est en principe considéré comme ne disposant pas de ce discernement suffisant.
Cette présomption n’est toutefois pas absolue. Elle peut être renversée par le juge, au cas par cas, si les éléments du dossier montrent que l’enfant avait compris et voulu son acte. C’est ce qui permet, dans certains dossiers exceptionnels, d’ouvrir une procédure pénale même pour des très jeunes mineurs.
En revanche, même dans cette hypothèse, le droit français exclut toute logique de peine au sens classique. Avant 13 ans, un mineur ne peut pas être condamné à une sanction pénale comme l’emprisonnement. La réponse judiciaire ne passe donc pas par la punition.
Elle repose à la place sur des mesures dites éducatives et de protection. Le juge peut ordonner un suivi renforcé par la protection judiciaire de la jeunesse, des obligations de soins, des mesures d’encadrement strict, voire un placement dans une structure adaptée. Ces dispositifs peuvent être très contraignants, mais ils relèvent d’une logique différente de la sanction.
La justice des mineurs distingue ainsi trois notions : la compréhension de l’acte, la responsabilité éventuelle, et la peine. Chez les plus jeunes, la seconde peut exister, mais la troisième est exclue.
En clair, un enfant de 10 ans n’est pas en dehors du champ de la justice. Il peut faire l’objet d’une procédure et d’un encadrement strict. Mais le droit français refuse de le traiter comme un adulte : il n’est pas puni, il est pris en charge dans un cadre éducatif et judiciaire.
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