Urgences : le problème n'est pas l'entrée, c'est la sortie
Publié : 9h46 par Alicia Méchin
On imagine souvent que les urgences sont engorgées parce que trop de patients s'y présentent. Pourtant, les dernières données montrent une réalité plus complexe.
En dix ans, la durée passée aux urgences a fortement augmenté, d'après deux études publiées cette semaine par la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (la DREES). Et ce, même avec moins de passage. L'allongement le plus important concerne la durée entre le début de la prise en charge médico-soignante et la sortie des urgences. Il faut désormais 2h05 pour un patient sur deux, soit quarante-cinq minutes de plus en dix ans.
Le nombre de passages n'explique pas à lui seul l'allongement spectaculaire des temps d'attente observé ces dernières années. Alors, qu'est-ce qui bloque ?
Les spécialistes des systèmes de santé utilisent un terme peu connu du grand public : l'« access block », que l'on pourrait traduire par « blocage de l'aval ». Derrière ce jargon se cache une idée simple : aux urgences, le problème n'est pas toujours de faire entrer les patients. C'est de les faire sortir.
Lorsqu'un patient arrive aux urgences, il est examiné, diagnostiqué, puis orienté. Certains rentrent chez eux. D'autres doivent être hospitalisés. C'est à ce moment-là que le système se grippe.
Car pour quitter les urgences, encore faut-il qu'un lit soit disponible dans un service de médecine, de chirurgie ou de gériatrie. Or ces lits sont souvent occupés. Résultat : des patients déjà pris en charge restent des heures sur des brancards, parfois toute une nuit, simplement parce qu'aucune place ne s'est libérée ailleurs dans l'hôpital.
Ce phénomène est largement documenté dans la littérature internationale. Il est observé en France, mais aussi au Royaume-Uni, au Canada ou en Australie. Les chercheurs le considèrent aujourd'hui comme l'une des principales causes de l'engorgement des services d'urgence.
Cela change profondément notre manière de comprendre le problème. Car les longues attentes ne traduisent pas seulement l'état des urgences. Elles reflètent aussi le fonctionnement de l'hôpital dans son ensemble : disponibilité des lits, capacité des services d'hospitalisation, prise en charge des personnes âgées, organisation des sorties vers les structures de soins ou le domicile.
Le paradoxe est là : la crise est visible aux urgences, mais son origine se situe souvent ailleurs. Autrement dit, lorsqu'un patient attend six heures avant d'être pris en charge, ce n'est pas nécessairement parce que trop de personnes sont arrivées avant lui. C'est parfois parce que d'autres patients, déjà soignés, n'ont tout simplement nulle part où aller.
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